Joan Condijts

Joan Condijts



Vous avez fait le détour du monde Monsieur Lowie ? Le détour de la Belgique ? Avez-vous été au Schtroumpfland ? Dans la Dyle Valley, coeur mondial de la biotechnologie  ? Venez maintenant, je vous accompagne dans la ville biomimétique du sud du pays, me dit Joan Condijts, journaliste et rédacteur en chef de l’Écho, quotidien belge d'information politique, économique et financière. Je me suis mis sur mon trente-et-un pour cette rencontre onirique, je l'attendais dans la nouvelle gare de la ville enfin terminée, après quinze ans de construction, assis entre deux distributeurs de sodas sans sucre sans caféine sans gaz, distributeurs en panne et qui ne rendent pas la monnaie. Je me dis que ceci sera donc mon 138ème portrait, autant de rêves vécus, d'utopies brûlées, d'histoires envoûtées et envoûtantes, d'amours fantasmés. Dans les écouteurs, j'écoute AfroCubism, le génial délire musical afro-cubain, je me lève, je sers la main de Joan Condijts. Vous faites quoi dans la vie ? me dit-il et je réponds : je revisite la Belgique comme Pessoa a revisité Lisbonne et je relisais en boucle cette phrase du poète portugais : « Il me manque quelque chose que je ne désire pas, et c'est pourquoi je souffre de ne pas proprement souffrir ». Mais, je vous dois la vérité, je suis surtout à la recherche de Mapuetos depuis le 11 septembre 2012. Mapuetos n'est pas l'île de la procrastination, avec sa rivière d'excuses, ses zones de confort, ses montagnes de distractions, ses arbres qui étourdissent… je crois que pour trouver cet endroit, il faut sortir des sentiers battis. Il m'emmène, me précède, parle, se présente, j'aime son phrasé, son élégance naturelle, sa démarche bien assurée. Il me décrit ses douze utopies pour le pays. On passe devant un temple bouddhiste, sur la porte une affichette : Temporarily closed for spiritual maintenance, on passe devant une mosquée, même affichette, on passe devant une synagogue, même affichette, on passe devant une église protestante, même affichette, on passe devant une église catholique, même affichette. J'interromps Joan Condijts pendant qu'il me parlait des douze travaux d'Hercule : il subsiste encore en moi quelques questions sans réponses, mais quelle sage décision de fermer boutique pour un entretien spirituel. Nous étions sensé visiter la ville biomimétique avec ses nouvelles données : écosystème abouti, ville open source, agriculture urbaine, architecture symbiotique,… mais il s'est mis à pleuvoir. Je nous observais, parapluies colorés sous la chape grise d'un printemps qui oublie sa définition. Tout devient noir et blanc, des poussières dans les yeux, on entre dans un bar, il reconnaît des confrères, j'entends les Faux-frères chanter J'ai vu sourire la pluie. On me sert un verre rouge vegan, et Joan Condijts me dit tout de go en souriant : j'ai bien compris que Mapuetos était votre utopie, mais en quoi consiste-t-elle ? Je lui parle de mon rêve en 2012, de la rencontre onirique avec Marceau Ivréa, du fleuve bleu qui pourrait n'être en fait qu'un lac bleu. Bref, rien à construire, tout à imaginer. Une question alors, Patrick Lowie, quelle serait votre utopie à réaliser en Belgique, hors rêve ? Et avec toute l'ingénuité qui me caractérise je lui réponds : changer la Constitution. Article 199 : les 589 communes du pays doivent chacune d'elles : construire, créer, gérer, financer des théâtres dont la capacité est proportionnelle au nombre d'habitants et dont le programme sera axé sur les utopies de demain, la poésie et le théâtre-action. Il ne pleut plus, on sort du bar, le silence s'est installé, on s'oublie dans les rues, la pleine lune prend  place lentement. L'humeur change. Je sens en moi la force du renouveau. Les pieds nus dans la glaise.


Qui est Joan Condijts ?
Joan Condijts, né le 14 octobre 1975 à Bruxelles en Belgique, est un journaliste et écrivain belge. Après avoir écrit son premier article dans Le Monde en 1997, empoché un diplôme en journalisme à l'Université libre de Bruxelles (ULB), un troisième cycle en relations européennes à l'Université de Strasbourg, Joan Condijts a entamé une carrière de journaliste au quotidien Le Soir. Il y dirigera, entre 2008 et 2011, le service économique. En 2013, il devient, à 37 ans, rédacteur en chef du journal économique L'Echo. Il a co-écrit, avec Feryel Gadhoum, GDF-Suez, le dossier secret de la fusion (Michalon), publié en 2008, et, avec Paul Gérard et Pierre-Henri Thomas, La chute de la Maison Fortis (Lattès), édité en 2009. En 2014, il publie son premier roman, L'homme qui ne voulait plus être roi (Genèse édition). En septembre 2018, il publiera un deuxième roman : Les sœurs De Vlaminck.


Voir en ligne : le site de l'Echo

Photo crédit : Anthony Dehez

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