Laurence Rosier

Laurence Rosier



Patti Smith a écrit : la seule chose sur laquelle on peut compter, c'est le changement. Dans le rêve, je suis accueilli par une femme que je ne connais pas et qui porte le chapeau. En entrant, je me sens à l'aise, attentif aux parfums des lieux, je reconnais l'huile essentielle d'encens Oliban, des épluchures de citrons verts sur la table. J'entends encore le vieil homme de la pompe à essence, un faraud de première, crier au loin, m'insulter. La femme au chapeau me dit : ne vous inquiétez pas, il aboie sans être dangereux. Par contre, je ne sais pas ce que vous venez faire chez moi. Vous vendez des babioles ? Seriez-vous un vagabond chic ? Elle me dit cela avec un sourire sincère. Je lui réponds : vous n'êtes pas Patti Smith ? Elle m'explique que Patti Smith habite à côté, que je me suis trompé de numéro, pressé par les injures du pignouf. Je poursuis en lui serrant la main : toutes mes excuses Madame, je suis Patrick Lowie, glaneur de rêves. Elle me regarde étonnée : oui, dis-je, je recueille au hasard de mes rencontres des bribes de rêves dont j'espère tirer quelque avantage. Elle me sert un jus de cassis et me dit : ohhh, je ne pense pas que mes rêves puissent vous intéresser, Monsieur Lowie. Dans mes rêves, je me heurte à des labyrinthes, des forêts sans fin, des couloirs sans porte, des maisons en escaliers en trompe-l’œil, des villes sans issue, j’y rencontre mes vivant.e.s et mes mort.e.s qui souvent veulent me laisser un message, me donner un objet… et je me réveille. La nuit dernière au détour d’un dédale qui superposait les maisons de ma vie, une amie morte me tendait une carte perforée sur laquelle des mots manquaient, je comprenais que je devais compléter les manques et… je me suis réveillée. Je prends note de tout : intéressant, intéressant… vous pensez que je pourrais passer par la porte arrière pour éviter l'abruti de la pompe à essence ? Elle m'ouvre une porte en me disant : Patti est en voyage mais voici un passage secret. Derrière la porte, un labyrinthe, puis une forêt sans fin, puis un couloir sans porte. J'ai la sensation de me démultiplier comme dans une galerie de miroirs sans tain. Au bout du parcours, je retrouve la dame au chapeau qui me dit : je me présente, Laurence Rosier, professeure de linguistique, d’analyse du discours et de didactique. Je serais capable de vous enseigner toute la totalité des choses. Vous ai-je apporter suffisamment de bribes ? Vous avez pu lui parler ? Sur le pas de la porte de la réalité, je vois le vieil homme qui crie toujours dans ma direction. Il s'approche, fixe Laurence du regard et dit : putain ! la salope ! Je lui file un coup de poing. Il ne se relève pas. Je ne suis pas du genre violent, dis-je, et je ne supporte pas qu'on me pousse dans mes derniers retranchements. Elle me dit : je ne vais pas vous faire porter le chapeau, cher ami. Bon débarras ! Maintenant qu'il est mort, c'est l'heure du changement. D'ailleurs, je vais faire mes valises aussi et trouver les mots manquants à la carte perforée. Vous les connaissez peut-être ? Satisfait par tout ce que je venais de vivre dans ce portrait onirique, je réponds avec un sourire non dissimulé : bien sûr...


Qui est Laurence Rosier ?
Laurence Rosier est professeure de linguistique, d’analyse du discours et de didactique à l’Université Libre de Bruxelles (ULB). Elle est l’autrice et co-autrice d’ouvrages sur la langue française, la citation, la ponctuation, l’insulte, … et est commissaire de l’exposition « Salope et autres noms d’oiselles » (Bruxelles et Paris). Nourrie par une foule d’exemples historiques et contemporains, "De l'insulte... aux femmes" (ed. 180° éditions), le livre de Laurence Rosier nous amène dans l’univers des insultes, des insulteur.e.s et des insulté.e.s avec Raymonde la syndicaliste, George l’écrivaine, Nabilla, Christiane la ministre mais aussi Colette, Marguerite Duras, Audre Lorde, Margareth Thatcher, Laurette Onkelinx, Myriam Leroy, Christine Angot, Brigitte Macron, les femen, les gameuses, … L’ouvrage Le discours rapporté: histoire, théories, pratiques (Duculot, 1999) lui a valu le prix Léopold Rosy de l’Académie de Langues et de Littératures françaises de Belgique.


Voir en ligne : https://www.facebook.com/laure.rosier


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