Nitin Baranwal

Nitin Baranwal



Les parfums de l'Inde. Mon dernier voyage à Mumbai date de 1994. J'avais trente ans. C'était il y a très longtemps. Mon premier roman, Au rythme des déluges, publié en 2000, se déroulait en partie à Mumbai et le personnage principal était Pedro, un jeune Portugais d'origine de Goa. Je regrette que, plus de 20 ans plus tard, ce roman ne soit pas encore traduit en anglais ou en hindi. De mes deux voyages en Inde, de Mumbai, de Calcutta, de Panjim, de Mysore, de Ooty, de Cochin,… je garde les plus beaux souvenirs, des souvenirs en forme de rêves. On me dit que l'Inde a beaucoup changé depuis 1994. Nous avons tous beaucoup changé depuis 1994. Beaucoup ont tellement changé qu'ils sont nés ou morts depuis. Je ne peux revenir en arrière, je ne veux pas revenir en arrière. C'est avec toutes ces pensées que je me suis endormi hier soir, après avoir mangé un merveilleux dal tadka vegan et après avoir refermé le livre « de l'éducation » de Krishnamurti. Je pense même m'être endormi avec cette phrase : il n'y a pas de différence essentielle entre les vieux et les jeunes. Les uns comme les autres sont esclaves de leurs désirs et de leurs jouissances. La maturité n'est pas une question d'âge, elle vient avec la compréhension.

Dans le rêve, je suis à Dharavi (Mumbai), le plus grand bidonville d'Asie construit sur d'anciens marécages. Je m'y sens bien, accueilli par des gens heureux, vraiment heureux. Un jeune homme s'approche et me dit : bonjour monsieur, c'est moi, l'homme qui sourit et qui essaie de faire plein de sourire sans raison. Je m'appelle Nitin Baranwal. Je suis designer, vegan et surtout humain. Je sens que votre âme est restée très jeune, c'est si rare. Je peux être une source d'inspiration pour quelqu'un ou je peux vraiment être inspiré par quelqu'un. Sachez qu'ici, vous n'êtes pas dans le vrai monde, vous êtes dans mon monde rêvé : où les humains vivent de manière moderne sans nuire à la nature et aux animaux, où l'Homme vit dans la paix et la joie aimant qui il veut, peu importe le genre, où tout le monde est égal, ici il n'y a pas d'argent, pas de riches ni de pauvres, que du troc, ici tout le monde crée un minimum de déchets, les fruits et légumes sont moins chers que les fast-food, l'éducation est gratuite, les transports écologiques, ici tout le monde possède la vérité, ici on vit de vraies aventures pas seulement des aventures numériques. Et il termine en disant solennellement : je suis ce que je veux être, je choisis d'être ce que je veux être, ce que je pense, ce que je gagne, ce que je mange, tout est MOI. Mais vous, qui êtes-vous ?

Je sentais en ce jeune homme un dévouement à l'Humanité sans comédie et sans emphase, d'une douceur sans faiblesse, son militantisme pour ces différentes causes me rendant d'un coup mélancolique. À son âge, je pensais pareil. Quand ai-je perdu ces convictions ? Sont-elles perdues ou juste enfouies pour ne plus apparaître dans un monde dont les seuls mots « paix » ou « amour » sont moqués par cynisme ? Je m'appelle Patrick Lowie et je voudrais vous emmener à Mapuetos, lui dis-je. Il me regarde, à peine étonné, et me lance : je sais où est Mapuetos ! Avez-vous, vous aussi rêvé de ce lieu qui n'existe pas ? Sachez que je le connais, je suis né là-bas. Sa façon de me parler me bouleverse. Je lui dis : je ne dois rien ajouter alors ? Vous et moi, nous avons une trentaine d'années de différence mais vous savez autant que moi, sur ce lieu magique, sur la vie, à propos du volcan Imyriacht, vous savez tout ? Sur un ton très mature et avec un immense et merveilleux sourire il me dit : peut-être même un tout petit peu plus.


Qui est Nitin Baranwal ?
Nitin Baranwal est né à Mumbai (Inde) en 1996, il est designer d'intérieur, militant vegan, LGBTQ, écologiste et adhère à une politique de "zéro déchets".



Voir en ligne : Instagram de Nitin Baranwal

Photo crédit : Viren Gosar

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