Stany Paquay

Stany Paquay


Jules Renard a écrit que sans le duel, on ferait de l'escrime tranquillement. Je me promène déchaussé dans une forêt aux bois denses, la nuit, un fleuret au bout des doigts, le long du bras, un scarabée volant tatoué sur la paume de la main droite. Je fais quelques déplacements, puis je me mets en garde, enfin je chasse les mouches par des mouvements irréguliers, je suis novice. J'entends au loin couler des rivières fraîches. Je sens aussi en moi l'amalgame de force et de tendresse. Seul dans cette forêt, j'aiguise ma vigilance, j'avance péniblement vers mon destin. La lune est pleine comme un fardeau. Nous sommes en 1713. Le pays est très tendu, terrorisé à l'idée d'un nouveau changement de tutelle. Le retour des Autrichiens. J'erre à la recherche de mon identité, je reviens sur les pas de mes vagues origines, à la recherche de ce village masqué par la forêt de vieux eucalyptus aigris, d'un lieu pour un non-lieu. Jugement injuste. La main tremble à la vue de la cabane où je passais mes nuits, où j'avais pris le maquis. Nos villages vivaient avec la frayeur du monstre, la vendetta, le code de l'honneur. Ma famille m'a désigné, je devais tuer un jeune homme de la famille d'un autre village, mon meilleur ami. Je l'ai tué. J'observe le ciel, et je vois une étoile géante qui éclaire la nuit plus que la pleine lune, qui lui fait de l'ombre. Je glisse le long des murailles, je revois le visage intense, simple, rusé, raffiné, beau, violent, du jeune homme que j'ai abattu il y a dix ans. Si j'avais été peintre, je lui aurais fait un portrait digne des grands maîtres. Je suis de retour pour affronter la vendetta. Ils vont me tuer à mon tour. Une musique casse le silence de la forêt, un homme qui ressemble à JAY Z s'amuse à découper des voitures et à mettre le feu. En chantant. Plus loin, un autre jeune homme s'approche : Hello ! Je suis Stany Paquay. C'est avec vous que j'ai rendez-vous pour le cours d'escrime. Ne m'offensez pas cependant, vous me verriez obligé de vous combattre en duel à l'épée au premier sang. Vous êtes Patrick Lowie, n'est-ce pas ? Je vous présente mon ami Batman. Je serre la main de l'homme avec sa cape noire aux extrémités pointues. Je vous croyais solitaire mon cher Batman, mais vous voici en bonne compagnie, lui dis-je. Avec son fleuret, il me fait une botte de Nevers, en réussissant à me toucher le front. Puis il me dit très calmement : ne vous inquiétez plus pour vos adversaires, ils sont morts. Il me reste encore une sorcière à éliminer. Ne vous sauvez plus, ne résistez plus. Stany Paquay m'avait été présenté par une amie comédienne. Elle m'avait dit : rencontre ce comédien, il a plein de talent et d'humour, mais il a aussi une âme dramatique, un regard profond. Tu sais comment dépeindre le meilleur des êtres, vas-y c'est un immense talent caché. Des chauves-souris sortent de leur torpeur, une pipistrelle se précipite à mes trousses. Stany Paquay nous propose de rentrer chez lui avant l'aube. Batman demande d'aller aux toilettes, il s'y rend. Après quelques minutes on entend du bruit, plusieurs bruits. Faisait-il du zèle avec ses ailes ? Stany regarde par le trou de serrure. Il panique : une sorcière a tué Batman, sombre héros. Cette nouvelle fera le tour du monde, pensai-je. On s'enfuit, on descend les escaliers mais le sol du rez-de-chaussée est couvert de grandes piques et de serpents. Il y a aussi du sang partout. On sort effrayés par la tournure de ce rêve. On court, court dans la forêt poursuivis par un dinosaure, un Darwinopterus pour être précis. On se promène déchaussés dans une forêt aux bois denses, le jour. J'aime beaucoup l'idée de ce spectacle, j’accepterais votre proposition avec plaisir, me dit Stany Paquay signant le contrat d'un joli sourire mélancolique. Les mains dans les poches, imaginant déjà la pièce, je dis : On prend un verre à Villers-la-Bonne-Eau ?