Ursula Caruel

Ursula Caruel



Seul exister existe ! me dit Ursula Caruel, à quoi pensez-vous Patrick Lowie ? Je lui explique que depuis mon réveil une phrase me taraude, perturbe mes sens : il y a une différence entre avoir raison et avoir gain de cause, et que même si cela paraît évident, il y a dans cette phrase un intrus, un silence en trop peut-être. Voilà, ce à quoi je pense. Mais ne perdons pas de temps, vous m'avez promis ce « bain de forêt », allons-y ! On sort de la ville après avoir acheté un dernier souvenir en plastique qui me rappelait vaguement quelque chose, d'anciens amours, des cœurs poignardés, des rêves maudits, dans un petit magasin du centre et où le jeune vendeur, comme s'il connaissait ma vie de nomade alors que c'était la première fois que je mettais les pieds dans sa boutique m'a dit avec un très beau sourire : vous aviez raison, j'aurai bientôt des souvenirs de Mapuetos. Il part dans une arrière-pièce et revient : voici des fragments rares de lave et de basalte provenant du volcan Imyriacht.  Je voulais en savoir plus, mais le jeune homme se défragmente, il n'était pas encore né. À moins que ce soit moi, moi qui avais toujours pu me défragmenter pour percer les autres à jour et qui n'avais pas pu percevoir l'évidence : mon devenir n'avait en fin de compte plus d'importance.

Ce rêve est un rêve lucide, je sais que je suis en train de rêver. Ursula Caruel me ramasse, comme une matière à recréer, que de la kératine. J'ai touché ces fragments de lave qui se transformaient en prolongement de mes doigts. Dans la proche forêt bleue, les doigts en lave, le cœur en basalte, elle dit doucement : le chemin qui mène au cœur du monde n'existe pas, n'existe plus. Elle s'échappe, je la vois courir, j'observe mes doigts de plus près. Je la vois enlacer un arbre, l'embrasser. Elle me dit : choisissez un arbre qui vous attire, puis enlacez son tronc. Collez votre joue à lui, fermez les yeux, respirez doucement, profondément, demandez à votre mental de se taire et… goûtez, savourez vos ressentis aussi longtemps que vous en avez envie. J'obéis. J'étreins un arbre. Ébullition. Une vibration entre dans la paume de la main droite, parcourt tout le corps de l'intérieur. L'arbre m'accroche, je cherche le ciel en relevant le menton, je ne vois que des feuilles, que des branches, que des troncs, que des feuilles mortes. J'oublie le nom des arbres, les mots sont outils de possession. D'un coup je suis plus vaste que mon corps. Cette communication avec les arbres est intense. Impression que la réaction va nous dissoudre dans une marmite en ébullition, plus d’ego.

Après deux bonnes heures de sylvothérapie, les arbres nous détachent. Nous sortons de la forêt, nous marchons dans l'herbe, nous guettons la vie, il y a des enfants autour, je pense que je n'attendrai plus, je pense que seul exister existe, nous y serons après la colline, nous voyons une ferme au loin. Nous savions que si nous le voulions nous pourrions y aller. Ursula Caruel fait une légère flexion des jambes et appuie sur ses pieds. Elle se surélève du sol doucement. Elle comprend qu'elle peut voler. J'essaye aussi. C'est plus dur pour moi mais je comprends que moi aussi je peux voler. Nous comprenons que si nous voulions nous pourrions aller beaucoup plus haut et plus vite. Nous nous élançons, nous battons des bras comme des ailes, c'est fluide, nous sommes dans l'air et nous nous émerveillons.

Nous volons vers la ville avant de repartir vers l'irréel.


Qui est Ursula Caruel ?
Née en 1976 et originaire de la grande forêt des Ardennes, Ursula Caruel vit et travaille dans le sud de la France. Après son diplôme à l’Ecole Supérieure des Arts Appliqués et Textiles de Roubaix, elle se forme auprès de Philippe Coquelet à exposer et éditer des artistes tels que Vladimir Velickovic, Pierre Buraglio, Ernest Pignon-Ernest, Claude Viallat, Jean-Luc Parant, Christian Lapie, Gérard Rondeau et Gérard Titus-Carmel. Elle rencontre et accompagne aussi des auteurs comme Bernard Heidsieck, Serge Pey, Eric Sarner, Zéno Bianu, André Velter, Adonis ou Claude Ber (entre autres). Afin d’affiner sa maitrise des espaces, elle se diplôme en 2010 en design d’intérieur. Ce temps de maturation permet à son alphabet graphique de s’affirmer. D’abord en couleurs et en photographies, puis exclusivement au noir depuis 2004. Elle expose depuis 2015 et a très vite été soutenue par le Musée Soulages de Rodez et les acteurs de l’art contemporain du sud-ouest de la France. Son travail, nourri de son amour pour la poésie et pour la musique, propose un accès direct à l’émotion présente. Le végétal est un fil rouge dans ses créations. Son trait au noir se décline de multiples façons : dessins, gravures, wall drawing, installations, performances. Les dessins et peintures sur les murs sont en lien étroit avec l’empreinte que nos ancêtres ont laissé sur les parois des grottes. Ses cercles, arbres géants et végétaux purifiés sont en résonance avec les lieux, les gens, leurs vibrations et l’énergie qui en découle. L’acte de création devient alors passage de l’invisible au visible. Ursula Caruel est représentée par Dupré&Dupré Gallery



Voir en ligne : http://www.ursulacaruel.com/

Photo crédit :  Philippe Lagarde

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